Motiver, motiver encore, motiver toujours. Dans le monde professionnel, cette injonction tourne à l’obsession.
On promet des primes mirobolantes, on organise des séminaires fédérateurs, on distribue des éloges à foison. Le mot d’ordre est clair : il faut nourrir la flamme, coûte que coûte. Mais une question s’impose, impertinente, dérangeante : et si tout cela n’était qu’une illusion ? Et si l’énergie dépensée à vouloir motiver à tout prix était mal investie ?
La motivation est un mythe moderne, un totem autour duquel dansent managers et équipes RH. Il faut croire que nous avons oublié l’essentiel : ce n’est pas la carotte qui fait avancer l’âne, ni le bâton qui lui donne des ailes. Nous sommes obsédés par cette idée que tout individu, pourvu qu’on lui offre le bon environnement ou la bonne récompense, se surpassera.
Cette croyance repose sur un malentendu profond.
Motiver à outrance, c’est nier une vérité fondamentale : tout le monde n’est pas fait pour courir après l’excellence.
Certaines personnes veulent, tout simplement, bien faire leur travail sans se lancer dans une quête perpétuelle de dépassement de soi. La quête universelle de motivation finit par devenir une contrainte, un diktat pesant. Pire, elle devient contre-productive. Plus on pousse, plus on finit par épuiser les collaborateurs, les étouffer sous des injonctions de performance.
Ce n’est pas la motivation qu’il faut traquer, mais l’alignement. L’idée d’un salarié passionné, prêt à donner le meilleur de lui-même chaque jour, n’a rien de miraculeux : elle naît lorsque la personne se trouve là où elle doit être, dans un rôle qui résonne avec ses aspirations profondes et ses compétences naturelles.
Aucun système de prime ou de récompense ne peut remplacer cette adéquation subtile entre l’individu et sa mission.
Il faut aussi oser poser la question de la liberté : celle de ne pas être motivé. De plus en plus de salariés revendiquent le droit à une vie professionnelle sans pression constante, sans objectifs toujours plus ambitieux, sans horizon illusoire de dépassement. Ils réclament l’espace pour exister autrement, pour simplement travailler sans qu’on les exhorte à trouver un "sens" à tout prix.
L’heure est venue de faire une révolution dans nos pratiques managériales. Moins de motivation, plus de discernement. Plutôt que de chercher à rallumer des flammes vacillantes, concentrons nos énergies sur ceux qui brillent déjà naturellement. Plutôt que de multiplier les incitations, apprenons à créer des environnements propices où le travail lui-même devient la récompense. La fin de la carotte et du bâton ne serait pas une perte, mais une libération.
Et si l’avenir du management résidait dans le lâcher-prise ? Si l’on osait, enfin, arrêter de vouloir tout motiver ? Car à force de vouloir tirer tout le monde vers le haut, on risque de tirer les entreprises vers le bas.
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